(Marie Emérilda)

 Franciscaine Missionnaire de Marie

 

Née à Lac-aux-Brochets, QC

le 8 mars 1923

 

Entrée dans l’Institut à Québec

 le 15 mars 1943

 

Décédée à Montréal

 le 6 novembre 2018

 dans sa 96e année,

la 76e de sa vie religieuse.

Qu’elle repose dans la paix du Christ ! 

 

Sœur Lucille Turenne est née le 8 mars 1923 au Lac-aux-Brochets, comté de Laviolette, Québec. Elle était l’aînée d’une famille de 4 enfants, trois filles et un garçon. Son grand-père était colonisateur et défricheur dans une région boisée et sans route. Son père, Aldéus, travaillait avec lui dans les chantiers huit mois par année afin de gagner le pain quotidien. Sa mère, Estelle Norbert, demeurait au foyer et veillait à l’éducation des enfants. Très jeune, Lucille dut être pensionnaire pour commencer ses études primaires, car la famille était éloignée des villages.  « L’argent était rare à cette époque, » dit-elle et « papa payait mes études avec du bois de chauffage. »

 

Dès son jeune âge elle était habitée du désir de se faire religieuse. Une tante qui connaissait bien Mère Lucienne l’avait mise en contact avec les Franciscaines Missionnaires de Marie à St-Malo de Québec. À l’âge de 18 ans, elle vint tout simplement offrir ses services. Les religieuses lui confièrent la classe des bébés, la surveillance des récréations et l’animation au Patronage du dimanche. Elle y demeura deux années puis, sentant vraiment le désir de se donner au bon Dieu, elle demanda son entrée au noviciat et fut admise en septembre 1943.

 

Elle fit ses premiers vœux en 1945 et reçut son obédience pour Montréal. Pendant trois ans elle devint commissionnaire, allant dans les paroisses vendre les articles confectionnés par nos sœurs afin de pourvoir aux besoins de la communauté, puis un nouvel appel l’orienta vers la garderie de Montréal ; compétente éducatrice elle enseigna aux tout-petits pendant quinze belles années. 

 

En 1963 c’est l’appel à quitter son pays. Elle passa d’abord quelques mois à Rome faisant les pèlerinages d’usage sur les pas de Mère Fondatrice, ce qui l’impressionna beaucoup et lui donna une connaissance plus complète de notre Institut.  En 1964 elle partit pour sa mission lointaine à Casablanca au Maroc. Elle apprit l’arabe, obtint son permis de conduire et travailla comme éducatrice dans les garderies de Casablanca, Oujda et Rabat, tout en veillant au bon ordre des classes et se responsabilisant du matériel. Elle écrira dans ses mémoires : « 25 années en tout, données en soins attentifs et éducatifs avec beaucoup de patience et d’amour aux tout-petits dans nos œuvres. Les bons souvenirs de ces années ne manquent pas et sont inoubliables. L’enfant c’est l’adulte de demain. »

 

En 1974 elle revint au pays. Quelle joie de revoir sa famille, ses deux sœurs Claire et Agnès, son frère Damien et sa famille, qui ne manquaient pas à l’occasion de planifier pour elle des petits voyages et des petites sorties.

 

Après un peu de repos, elle devint pendant 4 ans procuratrice dans notre maison de la Grande-Allée à Québec, puis en 1979 eut la même responsabilité dans notre grande communauté de Montréal.     Attentive et généreuse, Sœur Lucille n’a pas compté sa peine pour répondre à tous les besoins matériels. Avec un sourire, elle accueillait les demandes des sœurs, des dames pensionnaires et d’une soixantaine d’enfants et guidait ensuite tout un personnel laïc pour répondre à ces besoins. Montréal n’a jamais oublié le dévouement de cette sœur qui pendant 19 ans contribua à l’harmonie et à la joie de cette grande communauté.

 

A l’âge de 75 ans, sentant sa fatigue, elle diminua quelque peu ses occupations. C’était en 1998, où elle reçut son obédience pour Ste-Anne-de-Beaupré.  Avec le même amour, elle remplit la responsabilité de sacristine et de réceptionniste. Femme ordonnée, elle procurait aussi la lingerie et les habits immaculés à nos sœurs de l’infirmerie.  Son sourire et sa bonne humeur ne la quittaient jamais.  Elle gagnait tous les cœurs et son secret venait de la profondeur de son être. « Je ne mets plus l’accent sur le faire, » écrit-elle, « mais sur ma conversion et je me livre sans réserve au Seigneur, car c’est l’Amour qui transforme mes choix en vie pour les autres. »

 

Avec les années, son corps faiblit. À 80 ans et plus, s’arrêtant sur le bord du chemin parcouru, elle regardait avec joie les plus jeunes reprendre le fardeau, les accompagnant de son amabilité, et de son esprit vif. Puis un jour se sentant plus fatiguée et ayant besoin de soins médicaux, c’est avec beaucoup de sérénité qu’en juillet 2006 elle fut admise à notre infirmerie provinciale à Montréal.  Elle continua d’être elle-même, elle sillonnait les couloirs semant toujours la bonne humeur, exprimant sa reconnaissance pour tous les services reçus. Elle disait : « Je vis un jour à la fois, et ce jour : c’est aujourd’hui !  Cette pensée me permet de toujours vivre dans la sérénité. Servante du Seigneur, j’accepte de vivre ma vie au maximum parce que je suis assurée que Dieu est avec moi. Et je lui dis : merci. »

 

Dans les derniers mois de sa vie elle fit un séjour à l’hôpital. En vain on essaya de la guérir.  De retour dans sa chambre à l’infirmerie et accompagnée de ses sœurs et de tout le personnel soignant, elle était d’un calme et d’une sérénité qui nous étonnaient toutes. Jusqu’aux derniers moments elle reflétait son mot d’ordre « d’un jour à la fois » ! Et s’éteint doucement dans la paix d’une vie extraordinaire vécue dans l’ordinaire de chaque jour.

 

Au soir de son Jubilé d’or elle avait écrit : « On disait de Jésus qu’il avait bien fait toutes choses, c’est ce à quoi je me suis appliquée au cours des années dans toutes les tâches que j’ai eu à remplir….  M’appliquant à faire fructifier au maximum les talents reçus du Seigneur, dans un travail souvent caché, mais que j’ai accompli avec joie et amour du Seigneur, de l’Institut et de mes sœurs ainsi que des enfants qui m’ont été confiés. »    

 

Lucille, sœur bien-aimée, merci pour ta présence sereine au milieu de nous.  Va dans la paix du Seigneur.