(Marie N.D. du Roncier)

 Franciscaine Missionnaire de Marie

 

Née à St-Louis de Bonsecours, QC

le 13 août 1920

 

Entrée dans l’Institut à Québec

 le 15 septembre 1947

 

Décédée à Montréal

 le 30 août 2018

 dans sa 99e année,

la 71e de sa vie religieuse.

Qu’elle repose dans la paix du Christ ! 

 

Le 13 août 1920, à Saint-Louis de Bonsecours, un vendredi par un bel après-midi ensoleillé, les cloches de la petite église sonnaient à toute volée. Une automobile entrait au village. Ce moyen de transport, plutôt rare à cette époque, attirait la curiosité des villageois! Deux poupons, tout de blanc emmaillotés, dans les bras de leurs parents, faisaient leur entrée dans la petite église. Bien oui, c’était un baptême. Il y avait encore du nouveau chez les Desrosiers. Antoine et sa femme Rose Alma Auger venaient de donner naissance à des jumeaux : un garçon Orpha et une fille Gisèle, 7ième et 8ie d’une famille de 12 enfants.   

 

Gisèle grandit dans un milieu de foi profonde. La prière en famille était à l’honneur. Même après une dure journée de travail, le chapelet était récité et tous agenouillés formaient une couronne autour des parents. M. Desrosiers était un brave cultivateur; l’ordre régnait sur sa ferme et lorsqu’il travaillait les sillons dans les champs, on le voyait tracer un signe de croix avant de jeter la semence dans le sol. Sa mère était une femme de courage, quels que soient les imprévus, elle était gratifiée d’un sourire de tendresse qui ne s’altérait jamais. Le foyer devenait une petite école, les réponses du petit catéchisme étaient apprises et récitées par cœur, les devoirs scolaires étaient bien faits et les leçons bien apprises.

 

Les parents avaient à cœur l’éducation des enfants ; c’est ainsi que Gisèle eut le bonheur de continuer ses études au Pensionnat des Sœurs de la Présentation de Marie et obtint un brevet d’enseignement, profession qu’elle exerça pendant 10 ans à l’École Ste-Marie Médiatrice de Brigham dans les Cantons de l’Est. Un jour elle reçut dans sa classe la visite des Sœurs Franciscaines Missionnaires de Marie : Mère Crescent et Sœur Electa. Elles présentèrent une série de diapositives sur leurs œuvres, partagèrent des récits bien touchants de leur Institut. Cet événement vint raviver dans son cœur le désir de devenir religieuse et, touchée par le témoignage de vie de ces missionnaires, elle décida de faire son entrée chez les Franciscaines Missionnaires de Marie. Après en avoir informé ses parents, son papa lui dit bien paternellement : « Pourquoi aller si loin, à Saint-Hyacinthe il y a beaucoup de communautés religieuses. » « L’Appel est plus fort que les liens du sang qui voudraient nous retenir, » dit Gisèle, « et Jésus vint fortifier mon orientation pour marcher à sa suite. »

 

Le 15 septembre 1947, Gisèle entrait au couvent de la Grande Allée, à Québec, pour commencer sa formation religieuse. Elle était ravie lors des exercices spirituels dans la chapelle et vivait sereinement les exigences du début ! Elle entendait parler des missions et avait hâte de partir. Son rêve se réalisait un mois après sa profession temporaire. Le 10 avril 1950, elle partait pour Rome où elle resta un an avant de s’embarquer sur l’océan pour la mission du Sri Lanka. C’était le début d’un itinéraire qui la conduirait ensuite en Birmanie, en Malaisie et en Indonésie. Durant sa carrière missionnaire, Sœur Gisèle, qui était professeur, put partager ses connaissances dans différents milieux d’éducation. En plus des cours réguliers, elle se donnait à la préparation des sacrements, à la catéchèse ainsi qu’à des cours de couture pour des jeunes filles. Elle aidait au dispensaire, visitait les malades, devenait assistante dans nos maisons et assuma pendant dix ans la charge de supérieure à Tonzang, Birmanie. C’est à notre léproserie de Mandale qu’un jour elle baptisa un enfant mourant. Avec une grande joie elle lui donna le nom d’Orpha, nom de son frère jumeau.

 

Sœur Gisèle revint définitivement au Canada en 1972. Après un temps de repos et de ressourcement spirituel, missionnaire jusqu’au bout, elle ne s’est jamais démentie dans sa droiture et son sens des responsabilités. Elle continua sa mission d’éducatrice, de supérieure et d’animatrice spirituelle auprès de nos sœurs dans plusieurs de nos maisons, de l’Est à l’Ouest du Canada, jusqu’au moment où en 2006 un accident vasculaire massif la laissa complètement paralysée.

 

Qui pourrait imaginer les souffrances d’une personne aussi active qui, tout à coup, se trouve dans un état de complète dépendance pour le reste de sa vie ? C’est le mystère qu’a vécu Sœur Gisèle durant douze années de souffrance. Peu avant cet accident elle écrivait : « Je suis engagée dans le bénévolat au service des personnes âgées. Cette mission me fait saisir toute la force de notre charisme missionnaire qui se porte vers ceux et celles qui, en raison du poids des ans, doivent affronter de multiples défis. Je comprends mieux que la paix et la souffrance peuvent cohabiter dans les cœurs, et j’ai soif d’en connaître le mystère. »

 

Elle était loin de penser que le reste de sa vie serait vécu dans ce mystère insondable de la souffrance. Paralysée, incapable de communiquer verbalement, elle exprimait ses besoins par des cris; sa joie par : « C’est ça! C’est ça ! » ; sa spiritualité en chantant les mots du Psaume 23 : « Le Seigneur est mon berger… », seules paroles qu’elle pouvait prononcer. Tout au long de cette épreuve, dans le silence de son âme, elle méditait, sans doute, les paroles qu’elle avait écrites dans ses moments intimes avec le Seigneur : « Je me suis engagée parce qu’il a pris mon cœur. Je suis folle d’amour et Celui à qui j’ai donné ma vie ne m’a pas trompée. Je le suis, sans crainte, Lui sait où il me conduit. » Abandon complet, jusqu’au soir où Il vint la chercher pour la combler de sa Présence et la rendre heureuse pour l’Éternité.

 

Sœur Gisèle, merci pour le témoignage de vie que tu nous laisses. En te regardant vivre nous avons pu réaliser, à notre tour, que la paix et la souffrance, vraiment, pouvaient exister ensemble.