La Bienheureuse Marie de la Passion fonda l’Institut des Franciscaines Missionnaires de Marie en 1877 à Ootacamund, au sud de l’Inde, avec 7 autres sœurs qui l’ont suivie, après plusieurs incompréhensions de part et d’autre avec la congrégation des Sœurs Marie Réparatrice. « Dieu écrit droit avec des lignes courbes ! » dit-on et cela s’avère souvent être vrai.  Ce qui, alors paraissait une injustice, une incompréhension, une souffrance de part et d’autre...  est devenue « bénédiction », « rencontre »,

« dialogue » d’où a jailli la vie !... Une vie en abondance !

L’institut des FMM

Dès les premiers jours, la fondatrice écrivait au sujet de cette fondation : «L’Institut des FMM sera universel où il ne sera pas ! »  140 ans plus tard, nous pouvons dire non pas « mission accomplie » mais  « mission à continuer » au jour le jour, là où nous sommes ; toujours ouvertes pour aller vers d’autres horizons, lorsque la mission l’exige. « La fin spéciale de l’Institut des FMM réside dans l’action missionnaire : Elles s’établiront selon les désirs du Saint Siège dans les Missions étrangères, même les plus périlleuses et les plus éloignées.» [1]

 

À la demande de l’Abbé Ambroise Fafard, curé de la Baie-Saint-Paul, Marie de la Passion accepte d’envoyer quatre de ses sœurs pour aider à la fondation des Petites Franciscaines de Marie. Les sœurs arrivent le 20 mai 1892, quinze ans après la fondation de l’Institut. Nous gardons pour toujours une dette de reconnaissance envers les Petites Franciscaines de Marie qui nous ont ouvert les portes du Canada. [2]

Marie de la Passion était convaincue que cette nouvelle implantation en Amérique allait porter beaucoup de fruits. Elle écrit à ce sujet : « Cette fondation me paraît remplie d’espérance et d’avenir. Il me semble que j‘aurai beaucoup de filles au Canada.  Ce peuple et les Franciscaines Missionnaires de Marie ont l’air faits pour aller ensemble. » (M. De la Passion) [3] Et ce fut le cas....  Depuis notre arrivée au Canada, il y a 125 ans, plus de mille sœurs canadiennes ont œuvré non seulement au Canada mais sur tous les continents.

 

Les fondations

Couvent Sainte-Anne Grande-Allée Québec

Les fondations au Canada se sont multipliées au rythme des demandes venant de divers évêques. Comme le mentionne les auteures du livre De Silence et d’action, « Le récit de l’implantation des Franciscaines Missionnaires de Marie au Canada, relève de l’épopée. Comme de nombreuses chroniques de fondation, c’est une histoire aux accents parfois héroïques où intervient la divine Providence. »  Nous ne pouvons le nier, Dieu nous a précédées dans ce pays qui est le nôtre, Il nous a accompagnées au fil des ans et il continue de guider nos pas malgré la diminution de vocations et le vieillissement de nos membres. 

 

La première fondation fut à Québec en 1892 sur la Grande Allée où s’établira le Noviciat et d’où partiront une multitude de missionnaires. Québec deviendra aussi le Centre d’Adoration Perpétuelle, assurée par une association de fidèles. Le Bienheureux Frère Frédéric Janssoone, o.f.m., sera un des plus grands promoteurs de cette œuvre. Il aura contribué à faire fructifier ces débuts difficiles mais prometteurs. La supérieure de Québec écrira à ce sujet : « Quelques personnes se sont réunies de 40 à 50, de sorte que, outre nous-mêmes, il y a toujours plusieurs personnes à adorer le Très Saint Sacrement. »  Et en 1898 notre chapelle deviendra « le siège de l’œuvre de l’adoration perpétuelle pour tout le Canada. »  Une grande bénédiction pour notre Institut en ce début de fondation au Canada. En 1894, c’est à Sainte Anne de Beaupré que s’ouvrira une mission qui s’étendra sur plus de cent ans !

Sr Dorica Sever, Nunavut 2016.

« En 1897, à la demande de Mgr Adélard Langevin, les FMM débarquent à Saint Laurent, dans un village métis sur les berges de l’immense lac Manitoba.» [4] L’année suivante, elles iront à Pine Creek et la mission continuera de se développer à des rythmes différents et pour des missions de plus en plus urgentes.

Aujourd’hui encore nous continuons nos missions selon nos possibilités en âge et en nombre. Présentement, nous avons encore une mission dans quelques provinces canadiennes : Québec, Ontario, Manitoba, Alberta et Nunavut.

 

En 1990, c’est à Repulse Bay que les sœurs FMM, à la demande de Monseigneur Reynald Rouleau, OMI, arrivent dans les Territoires du Nord-Ouest. Aujourd’hui, notre mission au Nunavut, dans le diocèse de Churchill, peut continuer grâce à l’aide apportée par les Sœurs de l’Assomption de la Sainte Vierge, de Nicolet. Nous avons été interpellées par un texte du Pape François et nous avons voulu choisir de mettre en pratique cette invitation, plutôt que de fermer une mission si importante pour les Inuits, faute d’un nombre suffisant de sœurs.

« J’attends, de plus, que grandisse la communion entre les membres des divers Instituts. Cette Année ne pourrait-elle pas être l’occasion de sortir avec plus de courage des frontières de son propre Institut, pour élaborer ensemble, au niveau local et global, des projets communs de formation, d’évangélisation, d’interventions sociales ? De cette manière, un réel témoignage prophétique pourra être offert plus efficacement. La communion et la rencontre entre les différents charismes et vocations est un chemin d’espérance. Personne ne construit l’avenir en s’isolant, ni seulement avec ses propres forces, mais en se reconnaissant dans la vérité d’une communion qui s’ouvre toujours à la rencontre, au dialogue, à l’écoute, à l’aide réciproque, et nous préserve de la maladie de l’autoréférentialité.» [5]

Les missions

Nos deux sœurs – une Franciscaine Missionnaire de Marie et une Sœur de l’Assomption de la Sainte Vierge – travaillent ensemble depuis déjà quelques années dans cette mission du Nunavut. Cela nous a permis de ne pas fermer la mission et de continuer à être une présence signifiante au milieu de ce peuple du Grand Nord.

 

Au fil du temps, les FMM se sont investies dans différentes missions d’accueil, d’éducation, de formation.

De par leur charisme les sœurs s’occupent avant tout d’œuvres destinées aux groupes les plus vulnérables, écrivent les auteures du livre De Silence et d’action.  Qu’il nous suffise d’en mentionner quelques-unes. À peine 5 ans après notre arrivée au Canada, les sœurs « deviennent les chevilles ouvrières du pèlerinage à Sainte Anne de Beaupré où elles ont accueilli des milliers de pèlerins et servis aussi des milliers de repas! En 1962, les retraites fermées attirent encore plus de 2000 participantes rue Laurier, à Montréal et la maison de retraite à Ottawa, ne sera pas moins populaire.

Quant aux services offerts en éducation ils ont été multiples : à St Malo Québec, dans un quartier pauvre et défavorisé, les sœurs avaient une garderie et une école primaire, tout en offrant des repas aux plus pauvres. À Montréal et Ottawa, les sœurs accueillaient aussi des enfants en garderie. Que dire des écoles à St Laurent du Manitoba, à Rigaud où ont été formés des centaines de jeunes ?

Sr Béatrice Lestage, de l’infirmerie.

Cours de Bible avec les Kachins de Toronto, 2016.

Camps d’été pour les jeunes à l’ile d’Orléans et à Ste Julienne où des centaines d’enfants étaient aussi accueilli chaque année. Artisanat, imprimerie à Québec, hospitalité, maison de retraite à Ottawa, les œuvres furent multiples et appréciées. A Montréal, nous avons toujours un « pavillon » pour les dames et c’est avec beaucoup de reconnaissance que nous accueillons dans nos murs 3 autres communautés religieuses.

Malgré la diminution de nos membres, nous voulons continuer à être auprès des gens que nous côtoyons des témoins d’espérance et de paix.

En cette année jubilaire, les Franciscaines Missionnaires de Marie contemplent le passé avec émerveillement et action de grâces.  Nous continuons à vivre le présent le cœur rempli d’espérance.  Nous regardons vers l’avenir sachant que la semence jetée en terre humblement et patiemment pendant ces 125 ans continuera à porter des fruits grâce à vous. C’est pourquoi aujourd’hui nous voulons remercier le peuple canadien qui nous a accueillies et soutenues tout au long de ces 125 ans d’histoire.

Notre livre d’histoire De Silence et d’action, publié en 2014, se termine ainsi :

« En plus de toutes ces Franciscaines qui œuvrent sans relâche dans le monde, la dernière ruche FMM, rue Laurier à Montréal, bourdonne encore d’une animation tranquille. Plusieurs religieuses s’affairent toujours selon leurs capacités, aux tâches internes d’une grande maison.  Et depuis 125 ans, les Franciscaines du Canada continuent de se ressourcer au pied du Saint Sacrement, dans le silence contemplatif de leur chapelle communautaire. » [6]

« Franciscaines, à tous nous voulons aller, comme le Christ avec un cœur humble prêt à apprendre et à recevoir autant qu’à donner, dans la même attitude de respect, d’acceptation des personnes, d’ouverture et de service. » (Constitutions, art. 39).

 

C’est dans cet esprit que nos devancières ont voulu vivre au Canada et partout dans le monde et c’est dans ce même esprit d’ouverture, d’accueil et de service que nous voulons continuer à vivre cette mission, encouragées et soutenues par toutes nos sœurs dispersées dans le monde entier.

Simone Bastien, fmm